À quelle température repasser chaque tissu ?
Je ne reviendrai pas sur l’importance de repasser (ou presser) les coutures au fur et à mesure. Mais en fonction du tissu, la température du fer n’est pas la même et un fer mal réglé peut faire des dégâts comme un lustrage sur une laine, une marque d’eau sur une soie, ou encore trou dans une doublure en acétate.
Le réglage correct dépend de la fibre, et les fibres se comportent de façon parfaitement prévisible. Voici les températures, les niveaux de vapeur et les précautions pour dix-huit tissus, plus la méthode pour les coupons sans étiquette.
- À quelle température repasser chaque tissu ?
- Repasser n'est pas presser
- Comprendre les réglages du fer à repasser
- Le tableau complet
- Les fibres naturelles
- Les fibres artificielles et synthétiques
- Les tissus à traitement particulier
- Un coupon sans étiquette ? la méthode pour repasser
- Les six règles d'or
- Pourquoi la semelle doit être propre
- Questions fréquentes

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Repasser n’est pas presser
Avant les températures, une distinction que presque tout le monde ignore et qui explique la moitié des accidents.
Repasser, c’est faire glisser le fer sur un tissu pour en retirer les plis. C’est ce qu’on fait sur une chemise avant de la mettre.
Presser, c’est poser le fer, appuyer, soulever, déplacer, reposer. Sans jamais le faire glisser. C’est ce qu’on fait en couture, à chaque étape de montage, pour ouvrir une couture, marquer un ourlet ou mettre un col en forme.
La différence est importante. Le mouvement de glissement (repasser donc) entraîne le tissu, étire le biais, déforme une emmanchure et fait onduler un ourlet. Sur un jersey, il suffit d’un aller-retour appuyé pour allonger une encolure de deux centimètres. Toutes les indications qui suivent supposent que vous pressez.
Comprendre les réglages du fer à repasser
Les points sur la molette de votre fer ne sont pas une échelle maison du fabricant mais ils correspondent à la norme internationale d’étiquetage d’entretien (ISO 3758, gérée en Europe par GINETEX), qui est la même que les symboles de votre étiquette de vêtement.
- un point : semelle à 110 °C maximum
- deux points : 150 °C maximum
- trois points : 200 °C maximum
- fer barré : ne pas repasser du tout
Attention : ce sont les températures de la semelle et ce sont des plafonds de sécurité contre la brûlure et non pas des plafonds concernant le lustrage ou des marques d’eau, qui peuvent apparaitre bien en dessous. C’est pourquoi certaines des recommandations ci-dessous sont plus basses.
Le tableau complet
| Tissu | Température | Vapeur | Côté | Précaution essentielle |
|---|---|---|---|---|
| Coton | ••• 200 °C | Forte | Envers ou endroit | Humidifier au spray, presser fermement |
| Lin | ••• 200 °C | Forte + spray | Envers | Repasser légèrement humide ; endroit = lustrage |
| Jean / denim | ••• 200 °C | Forte | Envers | Coutures épaisses : finir au tasseau de bois |
| Laine | •• 150 °C | Abondante | Envers | Pattemouille obligatoire, presser sans glisser |
| Soie | •• 140 °C | Aucune | Envers, fer sec | L’eau tache : ni vapeur ni spray |
| Viscose | •• 150 °C | Légère | Envers | Très fragile mouillée, rétrécit, tester |
| Polyester | •• 150 °C | Légère | Envers | Trop chaud = brillance définitive |
| Acrylique | • 110 °C | Aucune | Envers | Pattemouille ; la fibre fond |
| Polyamide / nylon | • 110 °C | Aucune | Envers | Fer tiède uniquement |
| Élasthanne / Lycra | • 110 °C | Verticale | Sans poser le fer | Ne jamais étirer pendant le repassage |
| Jersey / molleton | •• 150 °C | Moyenne | Envers | Presser, ne pas glisser : déformation |
| Velours | Vapeur seule | Verticale | Poils vers le bas | Planche à aiguilles ou serviette éponge |
| Dentelle / tulle | • 110 °C | Légère | Envers sur serviette | Toujours avec pattemouille |
| Mousseline / georgette | • 110 °C | Aucune | Envers | Fer sec, mouvements rapides |
| Cuir / simili | Tiède | Aucune | Endroit, papier kraft | Le simili fond : ne jamais s’attarder |
| Tissu enduit | • 110 °C | Aucune | Envers strictement | L’endroit colle à la semelle |
| Lurex / sequins | Fer froid | Aucune | Envers + pattemouille | Jamais de contact direct |
| Thermocollant | •• 150 °C | Selon notice | Côté entoilage | Presser 10-15 s sans glisser, laisser refroidir |
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Les fibres naturelles
Coton et lin : chaleur et humidité
Ces deux étoffes supportent tout, ou presque. Elles réclament de la chaleur et de l’eau : la vapeur seule ne suffit pas sur un lin froissé, il faut que la fibre soit réellement humide pour que les liaisons hydrogène de la cellulose se réorganisent. C’est pourquoi les professionnels vaporisent généreusement, attendent dix secondes que l’eau pénètre, puis pressent le tissu.
Le lin a néanmoins un défaut car repassé sur l’endroit, il lustre. Sa fibre est lisse et son tissage serré réfléchit la lumière dès qu’on l’écrase. Travaillez sur l’envers, ou bien utilisez une pattemouille.
Sur le denim et les coutures épaisses, la chaleur n’est pas suffisante non plus. Après avoir pressé, posez immédiatement un tasseau de bois sur la couture encore chaude et appuyez quelques secondes. Le bois absorbe la vapeur résiduelle et la couture se fige aplatie. Essayez, vous verrez la différence.
La laine : vapeur, jamais de pression sèche
La laine se met en forme grâce à la vapeur. Elle supporte 150 °C, mais elle lustre à la moindre pression directe sur l’endroit, et ce lustrage est quasiment irrattrapable.
Utilisez toujours une pattemouille, c’est-à-dire un linge de coton fin humide posé entre le fer et le tissu. Posez, comptez deux à trois secondes puis soulevez. Et surtout : laissez refroidir la pièce à plat avant de la manipuler car la kératine de la laine se fixe en refroidissant.
La soie : la chaleur n’est pas le danger
Ce qui abîme la soie, ce n’est pas la température, c’est l’eau. Une goutte, un jet de spray, une pattemouille un peu trop mouillée, et vous obtenez une auréole permanente. La fibre gonfle localement et ne retrouve jamais son aspect d’origine.
Utilisez donc un fer sec, sans exception et réglez sur deux points sur la molette, et même plutôt 140 °C que 150. Repassez toujours sur l’envers.
Si la soie est trop froissée pour un fer sec, suspendez-la dans une salle de bain chaude, l’humidité ambiante détend les plis sans créer de marque.
Les fibres artificielles et synthétiques
La viscose est la plus traîtresse du lot. Sèche, elle se repasse sans souci à 150 °C. Mouillée, sa résistance chute de moitié : elle se déchire, se déforme et rétrécit. Repassez avec vapeur légère uniquement, sur l’envers, et surtout, faites un test sur une chute.
Le polyester fond à environ 250 °C mais lustre bien avant, dès 160 à 170 °C sur les tissages serrés. Si vous avez un fer récent avec réglage précis, visez 130 °C plutôt que le plafond de la norme.
L’acrylique et le polyamide fondent donc réglez le fer sur un point, jamais plus, sans vapeur et avec pattemouille. Au-delà, la fibre ne brunit pas mais fond, adhère à la semelle et laisse un trou aux bords durcis (et salit la semelle de votre fer)
L’élasthanne ne se repasse pas, il se défroisse. Tenez le fer vertical à quelques centimètres du tissu et n’étirez pendant l’opération : la chaleur ramollit le fil élastique, qui se fige alors dans sa position allongée et ne récupère plus.
Les tissus à traitement particulier
Le velours ne se pose jamais à plat sous un fer car le poil va s’écraser et la marque est définitive. Utilisez une planche à aiguilles, ou à défaut une serviette éponge épaisse, orientez les poils vers le bas, et travaillez à la vapeur verticale depuis l’envers.
Le tissu enduit et l’imperméable collent à la semelle par l’endroit. Repassez sur l’envers en réglant sur un point et sans vapeur.
Le lurex et les sequins fondent ou ternissent au contact. Utilisez un fer froid ou tiède, repassez sur l’envers et avec une pattemouille systématiquement.
Le cuir et le simili se pressent sous une feuille de papier kraft, fer tiède, sans vapeur, en mouvements rapides. Le simili en PVC fond en quelques secondes d’immobilité.
Le thermocollant se pose à environ 150 °C, sans glisser, dix à quinze secondes par zone, et doit refroidir complètement avant toute manipulation. La colle ne prend qu’en refroidissant.
Un coupon sans étiquette ? la méthode pour repasser
C’est la situation la plus fréquente en couture ! Un conseil : « commencer froid ». Je vous explique !
- Prélevez une chute de dix centimètres.
- Réglez le fer au minimum, un point, sans vapeur.
- Pressez trois secondes. Observez l’envers : brillance ? rétraction ? odeur ?
- Si tout va bien, montez d’un cran et recommencez.
- Arrêtez-vous un cran en dessous du réglage qui produit le premier défaut.
En effet, un fer à repasser monte en température en trente secondes mais met cinq minutes à refroidir : quand vous baissez la molette, la semelle reste brûlante bien après, et c’est exactement à ce moment là que vous faites fondre une doublure. Et dans un mélange, c’est toujours sur la fibre la plus fragile que l’on se base. Ainsi, un 65/35 polyester-coton se repasse à la température du polyester.
Corollaire pratique : repassez vos pièces dans l’ordre synthétiques → soie et laine → coton et lin, et jamais l’inverse.
Les six règles d’or
- Toujours tester sur une chute du même tissu.
- Presser (lever–poser), ne jamais faire glisser le fer.
- Sur l’envers par défaut ; pattemouille dès qu’un tissu risque de lustrer.
- Commencer avec le fer froid et monter, jamais l’inverse et repasser dans l’ordre synthétiques → soie/laine → coton/lin
- Laisser refroidir à plat : la fibre se fixe en refroidissant.
- Nettoyer la semelle après avoir repasser des fibres synthétiques, pour éviter les traces brunes.
Pourquoi la semelle doit être propre
Quand vous pressez un synthétique, une pellicule invisible de polymère adhère à la semelle. Vous ne voyez rien sur le moment. Mais la fois suivante, à 200 °C sur du coton, ce résidu carbonise et se transfère sur votre tissu clair. La trace brune sur votre chemise en lin vient d’une séance de trois semaines plus tôt. L’amidon et les apprêts d’usine produisent exactement le même effet.
Pour nettoyer : si la semelle est tiède, prenez un chiffon en coton (propre) imbibé de vinaigre blanc, ou un stylo nettoyant à base de paraffine. À froid, une pâte de bicarbonate fonctionne aussi. Mais surtout, n’utilisez jamais de laine d’acier ni de poudre à récurer sur une semelle céramique ou inox car une semelle rayée accroche en permanence, et c’est l’enfer. Le vinaigre va sur le chiffon, et jamais dans le réservoir, car il attaque les joints.
Questions fréquentes
Peut-on repasser à la vapeur tous les tissus ?
Non. La soie tache à l’eau, l’acrylique et le polyamide n’en ont pas besoin et fondent avant, et les tissus enduits collent. La vapeur est indispensable sur le coton, le lin et la laine, et contre-indiquée sur la soie et la plupart des synthétiques légers.
Que veulent dire les points sur mon fer ?
Un point : 110 °C maximum, pour les synthétiques. Deux points : 150 °C, pour la laine, la soie, la viscose et le polyester. Trois points : 200 °C, pour le coton et le lin. C’est la norme ISO 3758, identique aux symboles des étiquettes d’entretien.
Comment rattraper un tissu lustré ?
Sur la laine, posez une pattemouille humide sur la zone, appliquez la vapeur sans poser le fer, puis brossez doucement à contre-fil avec une brosse à vêtements pendant que la fibre est chaude. Cela redresse partiellement le poil. Sur un synthétique, le lustrage vient d’une fusion superficielle : il est irréversible.
Qu’est-ce qu’une pattemouille ?
Un carré de coton fin ou de mousseline, humidifié, interposé entre le fer et le tissu. Il diffuse la chaleur, apporte de la vapeur et empêche le contact direct. Un vieux torchon fin fait parfaitement l’affaire. Une pattemouille sèche existe aussi, pour les tissus qui craignent l’eau.
Faut-il repasser avant de couper son tissu ?
Oui, systématiquement, et après lavage préalable. Couper dans un tissu froissé fausse les dimensions des pièces, parfois de plusieurs millimètres par pièce, ce qui suffit à décaler un montage entier.
Vous voulez aller plus loin ?
Pattemouille, jeannette, tasseau, planche à aiguilles : l’ebook Maîtriser son matériel de couture consacre un chapitre entier aux outils de repassage, et explique lequel sert à quoi.

